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Dans le quartier de Valdegour, les services publics se retirent, les commerces ferment inexorablement. Trop d’incivilités et d’agressions. Les habitants se sentent abandonnés.

La fiche d’identité de Valdegour est éloquente : 4 500 habitants, des revenus moyens de 500 euros, 54% de chômage pour les 18-25 ans, 44% pour les plus de 25 ans, un taux d’abstention d’environ 70% aux dernières élections. Plusieurs tours, une dalle, une pelouse pelée, souvent un grand silence. Mais une magnifique vue à 360° sur la région nîmoise, là-bas, en contrebas. La mixité entre nationalités y est inexistante : la population est presque exclusivement maghrébine.

Perché en haut d’une colline, le quartier du Valdegour, la ZUP nord de Nîmes, a tout l’air d’une place forte. Sauf que personne n’a envie de la prendre d’assaut. Lorsque la pharmacie est de garde, les patients hésitent, voire refusent de «monter». Lorsqu’un spectacle est organisé, les amateurs restent rares, inquiets de retrouver leurs voitures fracturées en sortant. C’est le sort connu ces derniers mois par bien des habitants venus à la Maison de la justice et du droit (MJD), place Pythagore. L’un d’entre eux a même dû payer pour récupérer son cartable de travail qui lui avait été dérobé dans sa voiture pendant son rendez-vous. Il paraît que cela lui a donné des idées. «Il avait ensuite un fort discours lepéniste», se souvient Martine Haon, la greffière en chef.[...]

Créée il y a treize ans, la Maison de la justice et du droit joue un double rôle: poursuivre les auteurs de petites infractions (vols, dégradations, sanctionnés par un rappel à la loi) et offrir aux habitants une aide pour des tâches administratives quotidiennes (courriers) ou la consultation gratuite d’avocats. Mais depuis la mi-décembre, le rideau de la MJD est baissé. Les deux fonctionnaires ont fait jouer leur droit de retrait, suite à l’agression au couteau subie par l’une d’entre elles. Sans doute un acte de représailles après la plainte déposée par l’agent d’accueil dont la voiture avait été caillassée peu avant. Sur une des allées bordant le quartier, c’est une scène fréquente. Des jeunes se placent sur la chaussée, obligeant les véhicules à ralentir ou s’arrêter. Des buissons avoisinants jaillit alors une pluie de pierres qui tétanise le conducteur et permet à un agresseur d’ouvrir une portière et de piquer un sac, par exemple.[...]

La directrice du centre social, la seule structure publique avec la MJD à demeurer encore au pied des tours, a vu sa voiture défoncée. Tout comme une institutrice ou le concierge d’un immeuble. Cet été, les serrures de la MJD ont été, à plusieurs reprises, collées. A l’automne, à la sortie d’une soirée consacrée aux violences familiales, les voitures des psychologues ont été braquées. Des avocats et des délégués du procureur intervenant à la MJD ont connu le même sort.[...]

Les femmes racontent que, depuis plusieurs mois, elles cachent leur sac et leurs bijoux en traversant la dalle. «La nouveauté, c’est que la violence s’exerce aussi sur les habitants du quartier», analyse Martine Haon, la greffière de la MJD. «Il y a davantage de passages à l’acte. L’autre jour, une jeune demande un rendez-vous vers 13 heures, une employée lui confirme que c’est possible mais à 14 heures. L’autre a défoncé sa voiture sur le champ», raconte Mohamed Mazouzi, le directeur du Pims.[...]

Mohamed Janati anime depuis dix ans l’association Espace relais éducatif. Contre deux euros par an, il accueille les enfants pour les faire lire et jouer et les parents «pour leur apprendre le français, introduire les livres et les journaux dans la maison, changer l’ambiance».

Deux des trois femmes présentes ce jour-là vivent en France depuis quinze et vingt ans, mais ne parlent pas un mot de français. Mohamed tâche de convaincre les hommes que si les femmes parlent, elles pourront travailler. L’une arrive en retard, Mohamed la sermonne : «Je sais pourquoi tu es en retard. Les enfants sont rentrés manger ce midi ? Tu as fait le ménage, la vaisselle. C’est toujours la maman qui fait tout !» Il a un discours moins policé que d’autres associatifs : «Moi, je dis les choses : dans trop de familles, il y a une culture de l’assistanat, avec les aides sociales c’est du détournement de fonds publics.»[...]
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