Sans sous ni industrie mais énergique et bon marché, Berlin parie sur les start-ups pour créer les emplois qui lui font cruellement défaut.

"L'objectif doit être de devenir numéro un des start-ups en Europe". Le défi est lancé par le maire de Berlin, Klaus Wowereit. Mais il y a "encore un peu de travail", reconnaît l'inventeur du slogan de ville "pauvre mais sexy".

Pour Berlin, ces mini-sociétés qui font le pari d'une idée innovante peuvent être un moteur économique, gonfler les rentrées fiscales et surtout "amener de l'emploi".

Elles pourraient générer 100.000 postes d'ici 2020, estime le cabinet McKinsey, sans détailler leur nature. Une bouffée d'air qui serait bienvenue dans une région où le taux de chômage dépasse 11%, le plus élevé du pays.

En moins de deux ans, la start-up Kiwi a créé neuf emplois. Quand elle a son premier enfant en 2005, Claudia Nagel, devant la difficulté de chercher ses clés pour ouvrir sa porte d'immeuble les bras chargés, a l'idée d'un badge d'accès à distance. A quatre, ils se lancent début 2012 et aujourd'hui, la société emploie 13 personnes.

Le maire de Berlin Klaus Wowereit, à son arrivée à un dîner d'Etat donné en l'honneur du président américain, à Berlin, le -19 juin 2013 ( AFP/Archives / Oliver Lang)

Berlin dénombre 2.500 start-ups actives, surtout dans l'internet et l'informatique, selon la jeune fédération du secteur. Cela lui laisse du chemin à parcourir pour se muer en Silicon Valley de l'Europe, titre revenant actuellement plutôt à Londres, 7e ville créatrice d'entreprises innovantes. Berlin n'est que 15e, derrière Paris ou Moscou, d'après McKinsey.

Vivier de jeunes talents

"Berlin a beaucoup d'avantages: d'abord, elle attire les jeunes talents internationaux", souligne Claudia Nagel. Parmi ses collègues, un Américain, un Néo-Zélandais, un Espagnol.

Et aussi "une forte concentration de start-ups", source d'émulation, une bonne situation géographique, beaucoup d'espace et, atout majeur, un coût de la vie relativement bas.

Avec votre pécule de départ, "vous tenez deux fois plus longtemps à Berlin qu'à Londres", relève Luis-Daniel Alegria, qui a démarré Vamos en 2012, avec deux amis, grâce au financement de proches.

Sans parler allemand, ce Suédois de 26 ans d'origine chilienne travaille maintenant à lever jusqu'à un million d'euros pour développer son application, agrégateur des événements dans une ville, et embaucher "trois à quatre personnes".

Pour attirer ces entrepreneurs débutants, Berlin joue la carte de la créativité et d'une vie universitaire et artistique bouillonnante. Sans faire miroiter d'argent car la ville n'en a pas.

Mais le maire compte sur des grands groupes à la recherche de l'idée géniale pour prendre sous leur aile de jeunes pousses. Microsoft doit ainsi ouvrir mi-novembre à des start-ups le dernier étage de ses nouveaux bureaux berlinois sur la célèbre artère Unter den Linden. Deutsche Telekom a son propre incubateur, hub:raum, quand les groupes Axel Springer et Otto ont investi dans Project A, qui s'inspire de Rocket Internet, le développeur d'entreprises à succès des frères Samwer, ayant permis aux entreprises Zalando (site marchand) ou eDarling (site de rencontres) de voir le jour.

"En ces temps de crise, il n'est question que de start-ups et d'entreprenariat", a lancé Marc Samwer, à l'ouverture du rassemblement de start-ups internet TechCrunch Disrupt, qui a choisi Berlin et un ancien hangar industriel sur les bords de la rivière Spree pour sa première version européenne.

L'épineuse question du financement demeure le principal frein à l'ambition de Berlin dans les start-ups, tout comme la frilosité des étudiants à devenir entrepreneurs et les difficultés administratives, décuplées pour les non-germanophones.

Selon Jens Begemann, du développeur de jeux Wooga, visité par la chancelière Angela Merkel au printemps, le bât blesse surtout au moment de trouver des investisseurs relais pour passer en phase de croissance.

Le gouvernement sortant avait ressorti l'idée d'une Bourse dédiée aux start-ups. Les négociations actuelles entre sociaux-démocrates et conservateurs pour former une coalition n'ont pour l'heure rien donné de concret.