02 septembre 2011

c est la rentrée scolaire

« Les Nations, comme les civilisations, sont mortelles » — et meurent fort bien de leur école, comme on meurt d’un cœur épuisé. [...] le désastre est là, dit Cassandre, dans cette école aux murs écroulés où nous avons laissé entrer les chevaux de Troie du pédagogisme, du constructivisme, des intérêts privés et du crétinisme réunis. « L’école n’est plus l’école de la République » — mais y a-t-il encore une République (et un pilote dans l’avion) pour sauver l’école ? [...] On ne dira jamais assez combien le libéralisme bête a trouvé dans les obsessions anti-élitistes des pédagogistes l’aliment idéologique qui lui manquait. Désormais, c’est sûr, le Bac n’est plus cet examen « qui, horreur !, permettait aux fils ou petits-fils de paysans ou d’ouvriers de devenir médecins ou magistrats ». D’ailleurs, d’ici peu il sera distribué par les établissements eux-mêmes, tout contents d’exercer leur droit imprescriptible à l’autonomie et de couronner ainsi leur auto-évaluation, auto-congratulation, auto-mutilation et autres merveilles pédagogiques du XXIème siècle. Sans notes, ces pratiques d’un autre âge assimilées à des brimades insupportables… [...] Ici et maintenant que l’on a suicidé les vrais impératifs pédagogiques sous une « conception purement économique et techniciste de l’éducation ». « En termes crus », la machine-école fabrique 10% de cadres (il n’en faut pas plus, prétend l’OCDE) dans ce qu’il reste d’établissements prestigieux, « images d’Epinal » soigneusement entretenues dans la naphtaline des beaux quartiers, et 90% de racailles taillables et corvéables à merci, formés dans des Zones d’Exclusion Programmée, et remplacées, à terme, par des sous-traitants installés dans des paradis sous-développés. Désormais, l’école des pauvres fabrique des pauvres. Et même des barbares, note Polony. Le produit de l’Ecole du XXIème siècle, ce sont « des jeunes qui ont passé douze ou treize ans de leur vie sur les bancs de cette école française, dénués de toute compassion, de toute capacité d’identification à l’autre, capables d’actes relevant de la plus pure barbarie ». Le barbare, c’est d’abord celui qui ne sait pas parler — et qui finit par vous massacrer. Ne nous y trompons pas : c’est ce que l’Europe, l’OCDE, et la mondialisation exigent désormais de l’Ecole. [...] « De la civilisation héritée de l’Humanisme et des Lumières, il n’y a plus trace dans l’esprit d’une jeunesse sans mémoire, soumise à l’air du temps et à la concurrence généralisée. La tyrannie des imbéciles étend son empire, et le Nouvel Observateur, organe de l’air du temps, peut devenir sa nouvelle Pravda… » [...] Un retour en arrière est nécessaire pour expliquer le débat entre « pédagos » et « républicains ». Polony se lance donc dans une analyse des pédagogies nouvelles « pour les nuls », expliquant qu’une idéologie — le « constructivisme », en fonction duquel l’élève « construit ses savoirs tout seul » sans passer par la médiation intellectuelle d’un maître désormais réduit au rôle d’« animateur du groupe-classe » — a fini par se donner pour une pratique, et exclut automatiquement tous les (vrais) pédagogues qui ne souscrivent pas à ses oukases. Pour le grand public, ce sera sûrement instructif. Autant désigner au bon peuple ceux qui détruisent lentement et sûrement ses enfants depuis les années 1980. Avec un peu de chance, les classes laborieuses redevenues dangereuses pourraient être tentées de mettre leurs têtes d’œuf au bout de leurs fourches. Il est tout de même sidérant que tant d’apparatchiks survivent et prospèrent en détruisant sur leur passage de carriéristes lèche-culs l’école qui les a formés, eux — et qu’ils veulent interdire à tous les autres, pour être les derniers à y avoir appris quelque chose. [...] Parmi ces « bonnes pratiques », la question de l’apprentissage de la lecture est au cœur du débat. Quand les élèves n’entendent plus ce qu’on leur dit, quand ils ne parviennent à retranscrire le discours de l’enseignant que par une bouillie verbale incompréhensible, on peut effectivement penser qu’un crime quelque part s’est commis, qu’une génération entière a été sacrifiée — et va porter longtemps, économiquement parlant, cette tare si patiemment greffée par des pédagogues si prétentieusement incompétents.