Les documents ont été établis fin 2016 par des agences de communication travaillant pour Monsanto et révélés jeudi 9 mai par Le Monde et France 2.

"Un gros pegouze productiviste destructeur de l environnement épand du glyphosate sur ses cultures le 11 mai 2018. ( AFP / JEAN-FRANCOIS MONIER Un agriculteur épand du glyphosate sur ses cultures le 11 mai 2018. ( AFP / JEAN-FRANCOIS MONIER )

 

200 noms au total. Des journalistes, des politiques et des scientifiques.  Le groupe américain Monsanto, propriété depuis 2018 de l'allemand Bayer, aurait secrètement fiché "des centaines de personnalités" en France en fonction de leur position sur les pesticides, notamment le glyphosate, utilisant parfois des informations privées. "Ce fichier, que Le Monde et France 2 se sont procuré, provient d'une fuite d'un cabinet de lobbying et de relations publiques majeur, Fleishman-Hillard, mandaté par Monsanto pour l'assister dans sa défense du glyphosate", note Le Monde jeudi 9 mai. 

Le quotidien du soir donne des précisions sur l'identité des personnalités réparties dans deux tableaux. "Près de la moitié sont des journalistes" qui pour la plupart couvrent pour leur rédaction les questions ayant trait à l'environnement et à l'agriculture. Y figurent également les noms de vingt-cing personnalités politiques, des ministres en place à l'époque de la constitution du fichier en 2016, des eurodéputés et députés français, précise Le Monde. Le fichier comporte également les noms de dirigeants d'organisations agricoles ou d'ONG et d'associations. 

CHRISTIAN JACOB (LR) MEILLEUR ALLIÉ ÉLU

Ainsi, Jérémy Decerle, ancien président du syndicat des Jeunes agriculteurs, en quatrième position sur la liste LREM pour les européennes, est classé comme "un allié potentiel" dans le "fichier Monsanto". La navigatrice Maud Fontenoy, classée à l'époque comme conseillère de Nicolas Sarkozy, est, elle, décrite comme "plutôt sceptique, mais ouverte d'esprit". Autre "allié potentiel", l'actuel président de la région Hauts-de-France Xavier Bertrand. Le député LR Christian Jacob est lui perçu comme le meilleur soutien de Monsanto parmi les élus, note Le Monde. 

Les ministres de l'époque, Marisol Touraine et Ségolène Royal sont considérées comme "hostiles" au glyphosate. Les noms des eurodéputés Verts Michèle Rivasi et Yannick Jadot se trouvent également dans la liste parmi les opposants à l'herbicide controversé. L'actuel ministre de l'Agriculture Didier Guillaume, à l'époque membre du Parti socialiste, est lui aussi classé parmi les détractreurs au glyphosate. Le nom du ministre de l'Économie et des Finances Bruno Le Maire, à l'époque membre du parti Les Républicains, est également cité. 

UNE CARTOGRAPHIE DU GÉANT FRANÇAIS PUBLICIS

Désherbant le plus utilisé au monde, le glyphosate est classé "cancérigène probable" depuis 2015 par le Centre international de recherche sur le cancer, une agence de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Il est commercialisé sous diverses marques, notamment le Roundup. 

Dans un premier document datant de 2016, une cartographie portant le logo de Monsanto et du géant français de la publicité Publicis classe les principaux acteurs du débat sur les pesticides en France en fonction de leur degré d'influence, affirme l'enquête. 

Une deuxième agence de communication, Fleishman Hillard "aurait quant à elle utilisé en 2016 un autre fichier", rassemblant notamment les adresses privées ou encore les numéros de téléphone sur liste rouge de 200 personnalités. 

LES "ALLIÉS" ET LES AUTRES

Ces dernières ont été "évaluées sur plusieurs thématiques, des OGM aux pesticides avec des notes de 0 à 5 en fonction de la crédibilité, l'influence et le degré de soutien à Monsanto", affirme le reportage.

Dans un autre document, un tableau cible 74 "cibles prioritaires" divisées en quatre groupes : les "alliés", les "potentiels alliés à recruter", les personnalités "à éduquer" et celles "à surveiller". Sur la base de cette liste a été établi un plan d'action personnalisé, avec les loisirs de ces cibles, et pour les "alliés", des propositions de tweets et d'infographie à diffuser, selon France 2.